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Reportage France 3
Rien de tel pour découvrir une exposition qu´une vidéo de qualité. Prenez le temps de découvrir le
Mercredi 05 Juillet 2017
 


L'exposition plus en détail

Objets offerts par les religieuses elles-mêmes

Comme les autres ordres et instituts féminins nés de la Réforme catholique, la Visitation se trouve étroitement imbriquée dans la société de son temps et cela perdurera. Le caractère majoritairement urbain des vocations, en particulier au XVII et XVIII siècle, et la prédominance de la noblesse parmi les professes de chœur est à souligner.

En devenant religieuse, chaque jeune fille renoncait à sa part d'héritage. En compensation, il était d'usage qu'un dot soit apportée sous forme d'un part fixe et d'une rente à vie. Ces sommes en numéraire, mais également l'apport de dons en nature tels des pièces d'argenterie civiles, cuillères comme celles aux armes des Bocon aux XVIII siècle, ou sucrier transformé en reliquaire. De modestes alliances ou de merveilleux bijoux viendront enrichir les œuvres d'orfèvrerie liturgiques, des dentelles précieuses orneront les nappes d'autel... Les prises d'habit nécessitent des robes de cour sous l'Ancien régime, elles seront ensuite transformées en fond de chasuble comme celle de mademoiselle d'Harcourt. Les novices par leurs « présents d'autel » offrent des plateaux de communion où elles font graver une dédicace souvenir. Les héritages permettent de recueillir des porcelaines de Chine ou du Japon pour orner les autels des chapelles et oratoires... ou un chapelet ayant appartenu à Lucien Bonaparte.

Beaucoup de novices sont issues des « sœurs du petit habit », ces pensionnaires qui, sous l'Ancien Régime, sont placées à la Visitation parfois dès leur plus jeune âge, et parmi les élèves des pensionnats tenus par des visitandines au XIXe siècle pour obéir aux instructions de Bonaparte. Les élèves contribuèrent amplement aux « commandes artistiques ».

La société civile en lien avec la Visitation

Même si les religieuses sont cloîtrées, elles entretiennent avec la société civile des amitiés et des liens affectifs. Pour autant, elles ne demandent jamais rien pour elles-mêmes. Dans le respect de cette « règle », les religieuses acceptent les présents qui constituent un ensemble d'objets variés.

Les bienfaiteurs sont d'abord les personnalités civiles qui ont organisés leur venue dans la ville, les parents et les familles veillent au bien être et à l'enrichissement liturgique de la maison ou vit leur fille ou leur sœur. Ainsi, au XVIII siècle, à Salo (Italie) une famille offre un ensemble de reliquaires d'argent et d'écaille de tortue. En 1899, à Roubaix, le frère d'une religieuse offre un ostensoir enchassé de diamants.

Les souverains firent beaucoup de présents aux monastères de la Visitation: ainsi la reine Marie de Médicis offre une statuette de la Vierge au monastère de Montargis en 1628. D'autres dons sont faits lors d'une visite aux monastères : offrande d'un ciboire par la reine Marie-Christine d'Espagne, à Paray le Monial, de dentelles d'or par la reine Marie-Amélie du Portugal, d'ornements liturgiques par les grand duc de Modène, d'une croix pectorale en or destiné à François de Sales par la princesse de Savoie.

Le clergé : évêques, aumôniers, confesseurs..., tient également une grande place parmi les donateurs, tel Mgr Perraud, évêque d'Autun, qui offrit une de ses crosses à la communauté de Paray-le Monial ; ou le prélat d'honneur, Mgr Leroux, qui légua au Mans, en 1957, un calice en or orné d'émaux, œuvre de Pierre Frey en 1909. Des mitres précieuses furent également léguées, comme celle de l'évêque de Marseille, Mgr Fabre, en 1923, au Premier monastère de sa cité.
Les communautés religieuses témoignaient des relations d'amitiés entre elles par l'envoi de présents. A la fin du XVIIIe siècle, les clarisses de Nantes offrirent aux visitandines un modeste ex-voto peint sur papier, représentant les dons en nature fait « par les filles de sainte Chantal aux pauvres Claires». Un oratoire en nacre et broderie d'or est offert par les clarisses d'Oviedo en 1916 pour le jubilé de la supérieure. Les communautés reçurent aussi des meubles en héritage, telle l'armoire de noyer néogothique, sculptée par un prêtre de Paris en 1855, sur le thème des arts au service de la liturgie et utilisée au chapitre.

Les amis, les fidéles, ceux qui s'en remettent à l'intercession des vistandines contribuent également.. Les présents comportaient aussi des objets de dévotion comme la croix reliquaire « chef d'œuvre » d'Armand Calliat offert par la famille de Noblet à Paray le Monial. À Orthez, les visitandines mettent en service pour les hosties plusieurs boîtes de porcelaine de Sèvres, sans se formaliser le moins du monde de leur provenance. Offertes au monastère par la comtesse de Marle, elles furent à l'usage de Louis-Philippe, roi des Français, au palais des Tuileries. Pour le service de la table lors de la venue de l'évêque ou de grands personnages la famille bienfaitrice du monastère d'Avignon offrent un coffret contenant les petites cuillères et la pince à sucre en vermeil timbré du cachet de l'ordre. Plus amusant la pendule squelette réalisée par le père d'une visitandine du Mans.

Les visitandines savaient utiliser ou « réutiliser » au mieux les divers cadeaux reçus, précieux ou modestes. Ainsi à Blois, en 1821, l'argenterie donnée par l'abbé Mauguin : timbales à appliques, pots à fard et sucriers, fut transformé en « vase des ablutions». Evoquons aussi l'emploi des modestes, mais si symboliques, alliances ou bagues des veuves ou des parents des sœurs. Dès la fin du XIXe siècle, les visitandines du Premier monastère de Paris ou de Moulins fixaient un de ces anneaux sur le pavillon de ciboire, ce qui permettait à l'officiant de saisir le pavillon sans l'abîmer. .... Les plus fins mouchoirs des dames de la haute société, remarquablement brodés, souvent armoriés, servirent pour les expositions du Saint-Sacrement.