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Préface de Bernard Berthod

Au-delà de la problématique liturgique, le rôle de l'étoffe est de vêtir...Après l'âge préhistorique, l'homme passe d'un vêtement pris immédiatement à la bête à une étoffe qu'il va réaliser en assemblant des fils : le tissu est né. Les étoffes acquièrent, dès l'Antiquité, une fonction vestimentaire et fortement signalétique ; telle étoffe teinte d'une certaine couleur prend une fonction politico-sociale et devient signe de pouvoir ; telle armure est réservée à une caste bien déterminée. Cette problématique se retrouve avec le vêtement liturgique. Au cours du IVe siècle, le clergé de Rome et des grandes Églises du Bassin méditerranéen comprend l'importance de revêtir un vêtement particulier pour célébrer les saints mystères, signe de pouvoir spirituel s'inscrivant également dans une dimension définie. C'est ainsi que les étoffes jugées précieuses, exceptionnelles et faisant partie du vestiaire des hiérarches sont destinées à l'embellissement du culte chrétien et à la glorification du Très Haut.

La présente exposition met en valeur le rôle essentiel du textile dans la conception du vêtement liturgique d'autant que la matière commande les formes ; bien que l'on ait voulu utiliser le cuir, la paille ou la plume pour la paramentique, c'est bien le fil qui demeure le plus usité et le plus commode. L'origine de ces étoffes n'est pas anodine, elle procède de la volonté « des grands de ce monde» de valoriser leur position au sein de la communauté chrétienne. Aujourd'hui, la démarche des familles possédantes laissant leurs anciens atours devenir vêtements d'Église peut sembler mesquine, mais c'est sans compter avec la dimension dévotionnelle que de tels dons sous-entendent.

Les robes de mariage, manteaux de cour ou gilets de gentilhomme transformés en dalmatiques ou chasubles témoignent des vestiaires princiers mais surtout de leur ferveur. Il s'est bien trouvé que la politique patrimoniale des monastères de la Visitation vise à conserver, dans un état de fraîcheur extrême, ces documents du passé, les transformant certes mais permettant également aux générations futures d'apprécier la qualité des étoffes, leur rareté, leur richesse.

Cette collection d'étoffes qui s'inscrit parmi les grandes collections européennes a trouvé ses historiens. Gageons qu'elle sera source d'intéressantes découvertes.

Bernard Berthod est Consulteur de la Commission pontificale pour les biens culturels de l'Église