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Un nouveau trésor de broderie !
Chasuble entièrement réalisée à la main y compris les galons matérialisant les orfrois qui sont dans
Samedi 25 Février 2017
 


Résumé

Le Musée de la Visitation conserve un ensemble unique en France de vêtements liturgiques catholiques, issu du savoir-faire des visitandines tant dans la création que dans l'entretien de ces oeuvres à travers les siècles. En plus des ornements richement brodés que nous dévoilions en 2009 dans De fleurs en aiguille, l'art de la broderie chez les visitandines, notre fonds textile comporte une magnifique collection d'étoffes que nous sommes heureux de présenter dans cet ouvrage.

Cet ensemble, dans un parfait état de conservation, illustre le génie des tisserands depuis la fin du XVIe siècle dans la confection de soieries destinées aux plus beaux habits, à l'ameublement et aux fastes des grandes cours d'Europe. Or la lumière, l'humidité et les aléas de l'Histoire ont depuis entraîné l'altération et la disparition de la plupart de ces étoffes d'apparat. Ce n'est pas le cas dans les monastères de la Visitation avec la deuxième vie offerte par les religieuses à ces tissus civils grâce à leur transformation en vêtements liturgiques, précieusement conservés au fil du temps.

Ce vestiaire sacré méritait l'analyse approfondie de chacune de ces pièces, réunies dans une publication cohérente et richement illustrée. Après plusieurs années de travail sur ce nouvel opus, nous voulons poursuivre les chantiers précurseurs de Bernard Berthod à Lyon avec Paramentica en 1992, Chantal Touvet à Chambord avec Fil de foi, chemins de soie en 1993 et à Moulins avec Pierres et Ors, Art et Foi en 1994, sans oublier les travaux de Christine Aribaud pour Soieries en sacristie à Toulouse en 1998.

Nous nous sommes « mis au métier » avec enthousiasme et sommes heureux de vous présenter ce corpus d'oeuvres étudiées avec compétence. Josiane Pagnon, dont la passion pour la paramentique n'est plus à démontrer - on se souvient de File le temps, reste le tissu, ornements liturgiques de la Manche -, et Florence Valentin, pour qui les productions du XIXe et du XXe siècle n'ont guère de secrets, avaient déjà collaboré dans Vue sur le Paradis, la soie, le prêtre, les anges. Associées à Xavier Petitcol, dont l'expérience professionnelle d'expert à permis d'avoir en main des milliers d'étoffes et dont les articles éclairent nombre de sujets captivants, ces spécialistes ont œuvré avec ardeur, unissant leurs connaissances pour démêler le processus de création de ces œuvres parfois composites et mettre en perspective ces soieries provenant de monastères européens.

Nous avons complété ce travail de précision avec nos recherches dans les archives visitandines. Ainsi, au-delà des étoffes précieuses, l'apport d'éléments historiques a permis de tisser un texte passionnant qui replace ces oeuvres dans leur contexte sociétal. Elles nous révèlent une partie de leur mémoire, ainsi que des souvenirs rarement conservés dans les sacristies séculières ou les collections particulières.

Ce livre n'a pas vocation d'être l'inventaire exhaustif des collections textiles du musée, il présente les pièces les plus représentatives de tissus en usage dans les monastères de la Visitation de France, d'Italie, d'Allemagne et de Belgique, et intègre à ce titre différents types d'objets comme les reliquaires ou les étoffes non liturgiques. Par leur diversité, elles témoignent de cinq siècles d'art décoratif : velours aux beaux motifs du début du XVIIe siècle, riches brocarts du XVIIe siècle, tissus orientalisant, rocaille et naturaliste du XVIIIe siècle, productions classiques du début du XIXe siècle, étoffes néogothique et art déco...

L'or et l'argent, métaux rares par excellence, ont leur part dans l'élaboration de certaines de ces étoffes. La soie, matériau prestigieux, y est omniprésente. Son élaboration suppose un délicat et patient labeur. Sa réussite prodigue au toucher, à la vision proche et lointaine, un éclat et une somptuosité qui expliquent son coût élevé. Ce caractère précieux est sans doute la raison pour laquelle l'Église prescrit son utilisation lors de la confection d'oeuvres de paramentique, et ceci depuis les temps anciens.

Dès le IVe siècle, le vêtement liturgique permet de donner à celui qui célèbre une place à part parmi l'assemblée des fidèles car, pour les théologiens, c'est le Christ à travers le célébrant qui préside l'assemblée eucharistique. « Le vêtement devient ainsi un signe. Dès l'époque paléochrétienne, la matière tissée et son mode de tissage marquent et induisent l'usage que l'on fait des différentes pièces du vestiaire [...], la soie orientale qui s'impose comme produit somptuaire avec les premiers carolingiens, permet la confection des chasubles, dalmatiques et pluvials. »

L'ordre de la Visitation Sainte-Marie, né en quelque sorte de la Réforme catholique, avait à cœur de magnifier la célébration du culte divin. Les directives du Concile de Trente y furent bien appliquées et les étoffes sacrées ont eu belle place au milieu des fastes liturgiques de cet institut.

Vous serez étonnés par les variétés des couleurs, des motifs, des sujets, aussi venez à la découverte de ces sacrées soieries.