home
Un nouveau trésor de broderie !
Chasuble entièrement réalisée à la main y compris les galons matérialisant les orfrois qui sont dans
Samedi 25 Février 2017
 


Résumé

Au XVIe siècle, la France, victime des problèmes politiques et des guerres de Religion, est relativement
peu touchée par le courant de renouveau spirituel qui traverse l'Europe. En revanche, le XVIIe,
siècle de la reconquête catholique, est une période d'intense ferveur et d'épanouissement spirituel,
doublée d'un dynamisme interne dont la base n'est autre que le concile de Trente (1545-1563).

Présenté comme la dernière étape de la réforme des ordres religieux commencée au Moyen Âge,
le XVIIe siècle n'en est pas moins le berceau de nouvelles fondations, notamment féminines. Ces
dernières ont la particularité de ne pas se constituer en ordres, mais en congrégations à voeux
simples. Il s'agit pour ces femmes de s'investir dans des activités éducatives ou caritatives c'est à dire en dehors de
la stricte clôture imposée et renforcée par le concile de Trente. C'est dans ce contexte original, en
raison de la liberté de mouvement donnée à ces femmes à l'idéal de piété très fort, et aussi de la
grande vitalité religieuse de ce siècle, que naît l'ordre de la Visitation Sainte-Marie.

Au commencement de ce siècle de « restauration » et de renouveau sur le plan religieux, François
de Sales (1567-1622), alors évêque de Genève et auteur déjà célèbre de l'Introduction à la vie
dévote, a l'idée de créer une congrégation accueillant des femmes généreuses, dont certaines ne
peuvent supporter les austérités en vigueur dans les ordres réformés.

C'est à partir de la rencontre de François de Sales et Jeanne de Chantal (1572-1641), veuve du
baron de Chantal, que le projet voit le jour. Le 6 juin 1610, Jeanne de Chantal, Jacqueline Favre et
Charlotte de Bréchard inaugurent une nouvelle forme de vie religieuse et de vie commune à
Annecy, dans la maison dîte de « la Galerie », associant ainsi vie contemplative et périodiquement, à
tour de rôle, service des malades. Mais, sous la pression de l'archevêque de Lyon, Denis de
Marquemont, les visitandines renoncent aux oeuvres charitables et deviennent cloîtrées. Un bref
pontifical du 23 avril 1618 érige alors la Visitation en ordre religieux.

À la mort de François de Sales, en 1622, l'ordre de la Visitation comprend déjà treize monastères ;
à celle de Jeanne de Chantal, en 1641, il en compte soixante-quatorze de plus, ce qui montre le
rôle essentiel joué par la Mère de Chantal dans le développement et la diffusion de l'institut. Le
succès de ce dernier tient également à son strict renoncement au monde ainsi qu'à son esprit de
bienséance et de civilité, qui répond aux attentes des familles plaçant leurs filles en religion,
familles ô combien sensibles à la réputation d'honorabilité attribuée à l'ordre. De plus, la
communauté bénéficie de la renommée de son fondateur, qui en inspire toute la spiritualité.
Pour définir celle-ci, trois directions sont à suivre : celle des sentiers menant à la perfection,
comprenons ici les voies privilégiées par les religieuses, celle des dévotions à travers les objets de
ces dernières, enfin, celle de la dévotion au Sacré Coeur, révélatrice de toute la piété visitandine
et de celle de nombreux catholiques français aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Notre but est de rappeler le rôle joué par la Visitation et, plus spécialement, par une de ses
religieuses, Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), dans la diffusion de la dévotion au sein de
l'ordre. La naissance et le rayonnement du Sacré Coeur à la Visitation s'accompagnent d'une riche
expression artistique qu'il faut découvrir et approfondir. Cependant, l'iconographie du Sacré Coeur
ne se résume pas au seul domaine de l'histoire de l'Église ou de l'histoire de l'art. Elle se situe
aussi au carrefour de la théologie et de la spiritualité. Notre propos n'est pas de reprendre les
recherches ayant trait à ces différents aspects. Mais il faut bien se rendre à l'évidence : « La
majeure partie des catholiques d'aujourd'hui ne sont plus sensibles aux représentations du Coeur
de Jésus. Lorsque l'on évoque le nom de Sacré Coeur, ce n'est pas le Verbe incarné fait chair ou la
miséricorde divine qui vient spontanément à leur esprit, mais l'image d'un coeur sanglant.
»

Image doloriste, voire doucereuse, qui se montre quelque peu désuète à ce jour. Pourtant, en
1765, le pape Clément XIII se prononce en faveur de la dévotion au Sacré Coeur « comme symbole
de l'amour de Jésus-Christ pour les hommes
. »

Dans Fastes et exubérance pour les saints de la Visitation notamment, le musée de la Visitation a
déjà publié quelques objets liés aux fêtes honorant Marguerite-Marie Alacoque. Mais la richesse
du patrimoine visitandin nécessitait d'aller plus avant, en révélant un corpus d'oeuvres du monde
entier autour du Sacré Coeur du XVIIe au XXIe siècle à la Visitation, tout en amorçant la réhabilitation
d'un répertoire iconographique trop souvent connoté politiquement et jugé désuet par les croyants
eux-mêmes.

Les péripéties de l'histoire et en particulier l'époque révolutionnaire ont causé la destruction de
beaucoup d'oeuvres d'art relatives au Sacré Coeur dans la plupart des Visitations d'Europe. Les
siècles suivants préservent davantage les commandes liées aux événements historiques, favorisant
la création d'objets mobiliers, de décors, de vêtements liturgiques, de pièces d'orfèvrerie... La
béatification et la canonisation de la soeur Alacoque, le culte rendu au Sacré Coeur - parfois en
adéquation avec le cadre politique - décuplent les travaux artistiques des visitandines et les
acquisitions. Paray-le-Monial devient dès lors un centre de pèlerinage international dont le
sanctuaire fait l'objet de dons et d'ex-voto du plus grand intérêt. Mais l'art a toujours été un
vecteur de la propagation et une résultante de la dévotion ; en conséquence, de nombreux supports
sont utilisés. Après les simples images crayonnées ou gouachées par les religieuses vient le temps
des images imprimées, des gravures illustrant des livres pieux. Pour les oratoires situés en clôture,
où seule la communauté vient prier, les moniales confectionnent de petits tableaux ornés d'images,
de canivets, de papiers roulés et plus tard de photographies. Ils se retrouvent à côté de toiles
peintes par les soeurs ou par un ami proche, d'une facture souvent médiocre. Les oeuvres les plus
accomplies sont commandées pour les églises des monastères au travers de retables, d'ornements
d'autel, de vases, de paramentique...

Cerner l'iconographie cordicole n'est pas toujours aisé. Il n'est pas rare de confondre les représentations
du Sacré Coeur, le « message » de Paray-le-Monial, avec celle qui apparaît sur les
armes de l'ordre parfois figurées de façon incomplète, avec un « simple » coeur enflammé ou
entouré d'épines, un coeur désignant de manière allégorique l'âme d'une visitandine ou plus
globalement l'amour qui se transmet. Certaines images gardent à tout jamais leurs secrets. Que
l'oeuvre soit le fruit de l'oraison des moniales, l'adaptation féminine de gravures antérieures ou
une commande exécutée dans l'obéissance à la supérieure, personne ne peut - sans risque -
affirmer aujourd'hui comprendre ce que l'auteur, anonyme, a voulu représenter.

Quoi qu'il en soit, les visitandines ont oeuvré depuis des siècles pour que le Coeur de Dieu soit
honoré. En ces dernières décennies, la Visitation continue encore à valoriser par des actions artistiques,
peut-être moins nombreuses ou simplement plus discrètes, son attachement à ce message
que Dieu a voulu révéler au sein de l'ordre fondé dans les Coeurs de Jésus et Marie.