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Reportage France 3
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Mercredi 05 Juillet 2017
 


2017 - Dentelles de mode, mode des dentelles

19 mai au 24 décembre 2017

Entrée : 4€

Du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h
Le dimanche et jours fériés de 15h à 18h
Visite conférence sur réservation (04 70 44 39 03)

Les collections dentellières

Le musée dévoile peu à peu depuis dix ans ses collections au travers d'expositions thématiques accompagnées d'un ouvrage scientifique de référence. Parmi les 12.000 œuvres gérées à Moulins, la qualité et l'état de conservation des collections textiles ont conféré au Musée une notoriété tangible sur les scènes nationale et internationale, tant auprès du grand public, que des chercheurs et universitaires. Parmi cet ensemble unique en Europe, les dentelles constituent un des derniers pans inédits dont l'étude permettra de compléter une série commencée en 2007 pour l'ordre de la Visitation, mais qui apportera au niveau national, des savoirs sur une technique exigeante, qui fut au cœur de la mode civile durant presque quatre siècles.

Alors quel privilège de permettre la découverte de ce patrimoinede issu de la France entière. Car vu de l'extérieur, ceint de sa clôture, chaque monastère semble imperméable au monde et tout orienté vers sa vie de prière. Mais à y regarder de plus près - et c'est ce que prouvent les collections - les productions propres à chaque siècle sont un reflet fidèle des modes civiles et profanes qui façonnent le quotidien des gens. Modes et tendances, fréquemment lancées par le monde, sont nourries et inspirées de l'esprit des arts décoratifs du temps.

Les grands centres de production européens du XVIIème au XXème s

Aujourd'hui le mot « dentelle » évoque irrésistiblement la mode et plus particulièrement l'image des femmes, la dentelière, sage et diligente, qui l'exécute et celle plus coquette qui la porte, frivole ou charmante. La réalité historique de la dentelle est tout autre. En effet, elle n'est pas particulièrement féminine à ses débuts puisque les hommes du XVII° siècle en portent alors autant que les femmes.

La dentelle, portée aux manches, au col, sur les coiffes et coiffures joue un rôle capital de faire-valoir esthétique et social. Plus que les bijoux et les riches étoffes, la dentelle est véritablement le signe extérieur de richesse par excellence durant plusieurs siècles. Et comme l'écrivit Anne Kraatz en 1997 dans son ouvrage Dentelles « même si elle n'est pas à la mode, la dentelle ne sera pas démodée. Son nom seul suffira toujours à évoquer dans les esprits une vision de luxe et d'élégance indiciblement liée à la notion de rang social. »

Quant à sa fabrication, elle implique beaucoup plus que de la diligence apportée à un ouvrage de dame, fait par plaisir et peut-être par oisiveté. Il faut un apprentissage qui commence souvent dès l'âge de cinq ans. C'est un travail pénible, qui gâte les yeux et le dos et qui ne laisse de temps pour rien d'autre. Pour alimenter les fantasmes vestimentaires des hommes comme des femmes, des centaines de milliers de personnes ont travaillé à la dentelle. Au vu de la valeur vénale de cet art et de la demande sur le marché, de nouveaux centres de production se développent en Italie, en Belgique et en France. Chacun essayant d'imiter, puis d'améliorer la technique des centres anciens, Bruges, Alençon, Milan, Brioude, Le Puy-en-Velay, Retournac sont autant des lieux d'installation des fabriques que le nom de points et de décors spécifiques inventés ici, mais réalisés et copiés partout en Europe.

Ainsi « le point de France » est réglementé par Colbert dans son ordonnance du 5 août 1665. Ce terme englobait toutes les productions à venir « tant à l'aiguille qu'au coussin » issues des manufactures royales de dentelles.

Si les pièces de petites tailles étaient destinées à l'habillement (col, coiffe, manches), de plus grands métrages étaient réalisés aussi pour l'ameublement comme la garniture de table de toilette. Ces grandes dentelles coûtent cher. On sait que Louis XIV achète durant le seul mois de juillet 1666 pour 18491 livres de points de France aux manufactures royales. En comparaison le salaire annuel de Charles Le Brun, peintre du roi et directeur de la manufacture des Gobelins, est de 11 200 livres.

Le Musée de la Visitation a la chance de conserver et pouvoir présenter un panel très représentatif de la diversité de cette production européenne ornée de rinceaux, de volutes feuillages inspirées de la botanique, voire de l'entomologie.

Dentelles profanes transformées


Les jeunes femmes qui entrent en religion à la Visitation s'éloignent du monde, mais elles gardent des contacts avec leur famille et nombre de bienfaiteurs qui soutiennent matériellement les communautés. La lecture des Annales des monastères et des livres des dons fait émerger toute sorte de personnes allant des grands de ce monde aux petites gens ou donateurs anonymes : des souverains, le clergé - papes, évêques, aumôniers et confesseurs - mais aussi les parents des élèves pensionnaires et tout spécialement les familles et les amis des religieuses. Les sœurs ne reçoivent pas que des meubles ou de l'argent. Les dentelles, compte tenu de leur valeur pécuniaire, mais aussi sentimentale une fois qu'elles ont été portées par les membres de la famille sont offertes par ceux-ci et les bienfaiteurs. Les voiles de mariées, les écharpes, les mantilles sont d'abord utilisées durant les cérémonies de prises d'habit.
Puis ces vêtements sont transformés pour servir au culte catholique. En effet lorsqu'une postulante rentre au monastère, elle abandonne son vestiaire. La belle robe portée le jour de la cérémonie, mais aussi ses autres tenues, comme les bonnets sont alors à la disposition de la sœur chargée des ouvrages. Les sœurs sacristaines taillent dans ces pièces afin d'embellir les vêtements ecclésiastiques (aube, rochet...) mais aussi les linges liturgiques : voile de tabernacle, nappe, etc... Ainsi « rien ne se perd et tout se transforme ».

Parfois les dons sont gardés tels quels, comme celui de la comtesse de Meuneuf qui offre en 1753 à la Visitation de Rennes les dentelles de son défunt époux, mais demande que : « Les plus belles doivent faire une cravate pour le buste de saint François de Sales », jusqu'où va la mode !


Créations visitandines


Parmi les thèmes abordés dans nos livres celui publié en 2008, intitulé « Fastes et exubérance », a traité de la magnificence déployée dans les cérémonies liturgiques à l'occasion des fêtes de béatification ou de canonisation des saints de l'ordre : saint François de Sales au XVII° siècle, sainte Jeanne de Chantal au XVIII°, puis sainte Marguerite-Marie Alacoque au XIX° et XX° siècle.

Ces œuvres d'exceptions réalisées dans les matériaux les plus précieux concernent des domaines aussi variés que l'orfèvrerie, la broderie d'or, d'argent et de soie, la peinture, l'enluminure, le bois sculpté-doré et se retrouvent bien sûr dans l'art de la dentelle. La particularité de ces œuvres réside aussi dans leur excellence, leur finesse et personnification. Non seulement les visitandines savent dessiner et broder à la perfection, mais beaucoup maîtrisent l'art des dentelles à l'aiguille ou aux fuseaux.

Les créations des visitandines brillent par leur excellence. En effet, les dentellières civiles devaient produire des dentelles de qualité à prix abordable et par conséquent elles y consacrent un temps raisonnable. La religieuse, de par son état de vie, se retrouve comme hors du temps et dégagée du souci de rentabilité. Son activité n'ayant aucun but mercantile, c'est la prière silencieuse, le recueillement et la gratuité qui s'expriment à travers tous ces points, comme un remerciement, une action de grâces pour Dieu.

Cette longanimité pour le travail dans une cause qui les transcende explique leur créativité quasi illimitée ; d'où ces décors foisonnant de fleurs évoquant le paradis, ces points d'apparat qui jouxtent les tours de force techniques illustrant des scènes propres à la spiritualité de leur ordre. De temps à autre les chroniques laissent transparaître une légitime fierté quand à leur réalisation. Ici c'est au sujet un dessin « de qualité » exécuté en 1779 au monastère de Carpentras : «nos chères sœurs, ont travaillé une aube, c'est une Angleterre d'environ trois pans de hauteur, qu'elles ont tiré sur le modèle d'une dentelle qui a servi à la toilette de la feue Reine Mère Marie Leszczynska, la copie a été trouvée si ressemblante à l'original, qu'elle a surpris les plus habiles. »

Elles exécutent des œuvres d'un raffinement inhabituel pour des dentelles, dont les techniques civiles sont enrichies de points strictement décoratifs, parfois difficiles à voir à l'œil nu. Cette virtuosité est la marque de leur respect pour Dieu et pour les saints de leur ordre.

 

Commissaires de l'exposition : Gérard Picaud, et Jean Foisselon

Dossier de presse : cliquez ici

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Point d´Alençon
Point d´Alençon
Bruxelles aux fuseaux
Bruxelles aux fuseaux
Chemise de saint François de Sales
Chemise de saint François de Sales
Application rebrodée sur tulle
Application rebrodée sur tulle
Carrickmacross
Carrickmacross
Fleur de lys, détail d´une dentelle royale
Fleur de lys, détail d´une dentelle royale
Volant aux fuseaux
Volant aux fuseaux
Aube du Benedicite, oeuvre de la vénérable Mère Chappuis
Aube du Benedicite, oeuvre de la vénérable Mère Chappuis
Angle d´un mouchoir de mariage
Angle d´un mouchoir de mariage