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Un nouveau trésor de broderie !
Chasuble entièrement réalisée à la main y compris les galons matérialisant les orfrois qui sont dans
Samedi 25 Février 2017
 


Préface de S.E. le cardinal Ph. Barbarin

C'est pour moi une grande joie de préfacer aujourd'hui ce nouvel ouvrage du musée de la Visitation, preuve de l'heureux développement de cette belle maison « pour la plus grande gloire de Dieu ». Car il s'agit bien d'un engagement ecclésial, au-delà de la seule dimension artistique.

Cette joie est d'autant plus grande qu'il m'a été donné de suivre de près l'évolution de ce musée, en particulier lorsque j'avais la charge du diocèse de Moulins. Je peux mesurer ainsi l'importance de l'oeuvre accomplie. Elle ne me surprend pas cependant ; ayant eu maintes fois la chance de rencontrer ses promoteurs, MM. Picaud et Foisselon, je sais que cette oeuvre est portée par des personnes dont la compétence n'a d'égale que leur dévouement inlassable. Je profite de ces lignes pour les en remercier et les encourager à aller toujours de l'avant, afin de faire connaître et admirer ces merveilles de notre patrimoine.

Qu'il me soit permis également d'exprimer ma reconnaissance à celles et à ceux qui, par leur participation souvent humble et discrète, ont contribué à cet essor. Je pense en premier lieu aux monastères de la Visitation, sans lesquels rien ne serait possible. Ils témoignent du fait que la clôture monastique n'est pas une coupure avec le monde, mais qu'elle offre au contraire de nombreuses occasions de faire participer tout un chacun à leur vie propre. Permettre au grand public de découvrir leurs « trésors de famille », inviter à franchir les portes du monastère pour en parcourir les salles et les couloirs comme nous le propose ce livre magnifique, en est le plus bel exemple. Merci également à la Ville de Moulins et au conseil général de l'Allier pour leur aide de tous les instants.

En cette célébration du 400e anniversaire de la fondation de l'ordre, je suis heureux de rappeler mon attachement particulier à la Visitation Sainte-Marie. Évêque de Moulins, j'ai pu ressentir la joie de la présence d'un monastère vivant et dynamique dans cette ville. Aujourd'hui archevêque de Lyon, je n'en reste pas moins proche de la Visitation, d'abord parce que la ville de Lyon a accueilli dans ses murs pendant très longtemps plusieurs monastères, et aussi parce que l'histoire de l'ordre est liée à cette ville : son fondateur, saint François de Sales, y est décédé en 1622. Je n'oublie pas non plus qu'un de mes prédécesseurs sur le siège de Lyon, le cardinal Denis de Marquemont, a contribué à façonner la Visitation telle que nous la connaissons aujourd'hui, en l'encourageant à être le fer de lance du concile de Trente. À sa suite, je ne peux moi-même qu'inviter l'Ordre à être toujours plus fidèle à sa vocation, à être une lumière pour tous ceux qui sont en quête de repères solides.

Il me semble que, dans un monde où tout va toujours plus vite, où le « zapping » devient la mesure de la société, où l'engagement durable apparaît comme un obstacle infranchissable, nous plonger dans la chaleur intemporelle de ce cadre monacal est plus que jamais nécessaire. Les monastères de la Visitation sont une réponse des plus adaptées à notre temps : ils sont présents en notre monde sans être atteints par l'esprit du monde. Ils constituent une réponse tout en souplesse, derrière leur fondateur, « l'apôtre de la douceur », qui appelle chacun au repos de l'âme.

Les pages qui suivent montrent que cette paix n'est possible que dans le cadre d'une société bien organisée, évitant la dispersion et l'activisme : c'est le sens même des charges et des offices au sein du monastère, et le fondement de cette notion de «communauté» indissociable de la vie monastique. Vivre en communauté, c'est savoir s'organiser de telle façon que toutes les moniales puissent donner le meilleur d'elles-mêmes et permettre à chacune de tirer le plus grand profit humain et spirituel des dons des autres et de ses propres dons. Cette attitude est bien différente du «communautarisme» qui fait tant débat actuellement ; elle prouve, s'il en était besoin, que la tradition monacale est apte, aujourd'hui plus encore qu'hier, à tracer un chemin dans notre société.

Ce que je tente d'énoncer là, le lecteur le découvrira au fil de cet ouvrage. Qu'il se prépare au voyage ! Comme le pèlerin prend son bâton, qu'il se laisse éblouir par les merveilles qui vont lui être dévoilées. Qu'il franchisse, sans a priori ni arrière-pensées, les murs de clôture pour arpenter les couloirs, apercevoir les cellules, pénétrer dans les ateliers, et participer ainsi à la vie des moniales.

La joie de la Visitation, celle que chante Marie dans le Magnificat -« Mon esprit exulte de joie en Dieu mon Sauveur » - touchera certainement son coeur et celui de tous les visiteurs de cette exposition.

Philippe Barbarin, cardinal,

24 janvier 2010, fête de saint François